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1955.
Dix ans se sont écoulés depuis le jour où l’éclair incandescent a fendu le ciel.
Dans la ville d’Hiroshima, l’esprit d’une jeune femme est intensément bouleversé.

Pour les plus faibles, qu’ont représenté la guerre et la bombe ?

 

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L’oeuvre polémique d’un auteur engagé !

 

 

Les Japonais sont connus pour leur délicatesse, mais surtout leurs oeuvres empreintes de mélancolie. Aujourd’hui, cependant, nombreux sont les mangas qui font part d’une certaine violence, même naïve …

Ici, Fumiyo Kouno semble redonner un autre visage à la bande-dessinée japonaise. La mangaka mêle la sensibilité du pays des cerisiers en fleurs  à la violence de la guerre, avec un talent remarquable.

Le trait est fin, léger, reposant, parfois un peu maladroit mais toujours captivant. L’auteure ne cherche pas à rendre hommage aux victimes de la bombe atomique en faisant dans la grandeur et le pathétique, mais plutôt en nous plongeant dans la simple réalité. Dès les premières pages, le lecteur est plongé dans une petite histoire paisible à l’air enfantin. Les personnages sont d’une simplicité attachante.

Mais très vite, l’horreur vient tacher la poésie. Et la cruauté est autant indélébile dans l’esprit du lecteur que dans l’Histoire. Ce sujet sensible est ici effleuré avec une habileté fascinante, où la brise qui fait tourbillonner les pétales de cerisiers se mêle à l’effet de souffle de l’arme nucléaire…

Les yeux du lecteur semblent devenir humides, mais une petite teinte d’espoir fait  esquisser un sourire qui retient les larmes.

Un ouvrage poignant,  rapide à lire et efficace.

 

Participation au challenge «Découverte des mangas» .

 

Couverture Ne pleure pas ma belle

La jeune et ravissante Elizabeth Lange est hantée par la mort tragique de sa soeur, une star de l’écran et de la scène, tombée de la terrasse de son appartement à New York dans des circonstances pour le moins mystérieuses. A-t-elle été assassinée par son amant, l’irrésistible magnat des affaires Ted Winters, lui-même en proie à des tourments secrets ? S’est-elle suicidée ? Mais pourquoi Leila aurait-elle voulu se supprimer alors qu’elle était heureuse et au sommet de sa gloire ? Quelqu’un d’autre l’aurait-il tuée – mais qui pourrait en vouloir à une jeune femme aimée et admirée ? Minée par le chagrin, Elizabeth est invitée par la baronne Minna von Schreiber, sa plus vieille amie, à venir se reposer dans le luxueux institut de remise en forme de Cypress Point, en Californie. Mais au lieu d’y trouver le calme et la détente, elle va être confrontée non seulement à Ted, mais aux meilleurs amis de sa soeur qui ont tous un motif pour l’avoir tuée… Depuis La Nuit du renard, les livres de Mary Higgins Clark sont tous de haletants thrillers, tous des best-sellers et Ne pleure pas ma belle est un de ses plus réussis.

Dès le prologue, l’ambiance inquiétante s’annonce. Au sein d’un environnement imbibé de violence, l’atmosphère menaçante inonde la pensée du lecteur, handicapant ainsi sa lucidité. Le sentiment d’angoisse s’installe entre les pages, se faufile entre les mots, et se propage pour enfin pénétrer au plus profond du lecteur.

Ensuite, tout s’enchaîne rapidement : Mary Higgins Clark mène une enquête à tambour battant. Le décor est très vite planté, laissant ensuite les éléments de l’intrigue défiler. De plus, l’écriture simple facilite la rapidité de la lecture, ce qui permet de maintenir une certaine tension dans le récit.

En outre, les personnalités de chaque protagoniste sont minutieusement travaillées. Ceci rajoute du mordant à l’enquête, bien que les personnages soient particulièrement stéréotypés.

Si l’auteure s’avère très habile dans les changements de points de vue et les rebondissements, on ne peut cependant pas parler de « grande » littérature. Ne pleure pas ma belle reste toutefois un roman policier agréable à lire, captivant et divertissant.

 

Participation au challenge New -York

Kramer contre Kramer fait  davantage écho au célèbre film avec Dustin Hoffman et Meryl Streep qu’au roman d’ Avery Corman. Et pourtant, le pouvoir des mots est aussi performant que le pouvoir de l’image …

 

Joanna Kramer est partie. Pour être libre, a t-elle dit, pour exister…
Et Ted Kramer se retrouve seul en tête à tête avec le petit Billy, quatre ans. Un fils qu’il connait à peine… A New-York, un publicitaire n’est-il pas toujours sur la brèche ?
Voici Ted aux prises avec la vie pratique dont il ignore tout : la garde à trouver, la bronchite à soigner, les jeux à inventer. Dominant son désarroi – il aime encore Johanna – il va faire front, émerveillé par cette découverte, son fils. Drôle, sensible, surprennant…
Un jour, Johanna réapparaît : pour reprendre Billy, au nom des sacro-saints droits maternels. Mais qu’est-ce que ces « droits » face à deux ans d’amour entre un père et son fils ?
Joanna prend un avocat…

Ce livre, à la fois tendre et déchirant, mêle émotion et humour, parfois maladroitement, mais toujours avec une franchise poignante.

Bien que l’écriture entière et spontanée d’Avery Corman soit bouleversante, c’est le sujet traité qui, principalement, touche le lecteur.
En effet, si l’histoire nous afflige tant, c’est certainement parce que le thème du divorce nous est aujourd’hui devenu trop familier. Si nous ne l’avons pas nous-même déjà vécu, nous connaissons tous autour de nous un petit Billy désorienté, une Joanna tourmentée et un Ted débordé… Et bien souvent, nous sommes indifférents devant ce schéma familial, qui a évolué comme un stéréotype jusqu‘à maintenant.
Kramer contre Kramer fait parti justement de ces livres qui réveillent notre conscience : où est passée notre sensibilité face à ce drame parental, que nous percevons finalement comme une banalité ?
Viennent ensuite s’ajouter des questions très actuelles, tel que le chômage…

De plus, cette étude de moeurs s’avère intéressante du fait du point de vue adopté. Le lecteur traverse ainsi cette histoire de rupture, guidé par l’optique de Ted Kramer.
Certes, on regrette alors que la carte jouée soit celle de l’attendrissement, mais on retient avant tout la morale frappante de ce récit : penser juridiquement ne rime pas forcément à penser humainement !

 

Participation au challenge New -York

Dans le New York des années 1940, le charme désuet du Café Julien attire les âmes vagabondes en quête de luxe ou d’inspiration. Écrivains ratés, étudiants bohèmes, mondains en goguette, tous se retrouvent autour d’un Pernod pour disserter sur le monde. Certains possèdent un attachement tout particulier au lieu, comme Rick et Ellenora, un couple qui se cherche autant qu’il se fuie ou encore Elsie Hookley, une aristocrate excentrique qui prend un malin plaisir à s’immiscer dans la vie des autres. A travers ces portraits sans fard de la bonne société new-yorkaise, Dawn Powell épingle comme personne les moeurs d’une époque révolue, mais étrangement familière.

«Personne ne vient jamais au Julien pour la première fois », peut on lire dans les premières pages de ce roman. Et il faut avouer que ce lieu s’avère étrangement familier…  Les comportements des personnages sont abordés avec une acuité si mordante, qu’il est impossible que le lecteur ne se retrouve dans ce livre.

Dawn Powell est une auteure surprenante pour son époque : elle ne semble pas porter une grande attention à l’intrigue, mais préfère parler de personnalités excentriques avec brio. Croisant subtilement les portraits, elle dresse la fresque d’une société bourgeoise mouvementée. L’humour piquant se fond avec finesse à la satire de la vie mondaine, nous offrant ainsi un roman plein de verve ! Le lecteur se plaît alors à suivre les détails amusants des moeurs de cette communauté.

Si le cynisme et l’acuité de l’auteure sont les deux principales qualités de ce roman, la nostalgie qui s’y mêle s’avère être aussi délicieuse. Malgré ses défauts et ses vices, Powell semble regretter le New-York révolu qu’elle décrit. Et le lecteur s’imprègne finalement de cette mélancolie, refermant cet ouvrage avec l’impression de quitter le débordant Café Julien pour regagner la platitude de notre époque…

Participation au challenge New -York

Le journal d’Anne Frank .

Tout d’abord, ce livre « culte » constitue évidemment un témoignage poignant et émouvant : celui d’une jeune fille terrassée par la guerre. Le support du journal intime permet au lecteur d’être immédiatement et profondément plongé dans le quotidien du peuple Juif.
Ne vous attendez pas à un ouvrage plein de lamentations : Anne se confie à son journal Kitty afin de garder espoir. Et c’est d’ailleurs ce courage qui émeut.

Mais Anne Frank se détache aussi du contexte de la seconde guerre mondiale, et le lecteur peut alors suivre l’évolution de cette banale adolescente … Pas si banale que ça, vu la maturité dont elle fait preuve. Ses réflexions sont souvent très pertinentes, et rendent la cruauté humaine encore plus terrifiante. Son sens de l’observation fascine : Anne étudie les rapports entre ses proches , leurs manies et leurs défauts, introduisant parfois une petite dose d’humour.

Enfin, parler de ce livre me semble inutile, car le lire me paraît beaucoup plus enrichissant.

 

1ère participation au challenge Histoire 

Vous connaissez certainement le célèbre roman Fahrenheit 451 ? Ray Bradbury, ça vous dit quelque chose ? Ajoutez à cette histoire un zeste d’humour, une pointe d’amour et une pincée de folie, et vous obtiendrez le manga Library Wars de Kiiro Yumi, adaptation des écrits de Hiro Arikawa !

Couverture Library Wars - Love and War, tome 1

À une époque où la loi d’Amélioration des Médias a instauré une chasse aux livres, les bibliothèques se sont dotées d’un corps militaire afin de les défendre. Par admiration pour un des membres de ce corps des Bibliothécaires (dont elle ne se rappelle pas le visage) qui l’a sauvée autrefois, Iku Kasahara intègre cette organisation. Mais au lieu du prince charmant de ses rêves, c’est un terrible instructeur qui l’attend..

Quelle torture pour les férus de lecture d’imaginer un monde où les livres subissent la censure … Mais si, comme Fahrenheit 451, ce manga a été crée pour que l’univers terrifiant qui y est représenté ne devienne jamais réalité, alors c’est pour la bonne cause.

Cependant, le supplice pour le lecteur se trouve autre part … Est-ce que l’uniforme et l’amour des bouquins sont compatibles ? Même pour les incompétents en Anglais, « library » et « wars » ne sont pas des mots qui semblent faire bon ménage : les pompiers de Bradbury paraissent mieux adaptés au sujet que les lieutenants de Kiiro Yumi. Chacun peut en juger à sa façon, mais on n’empêchera pas certains de douter sur l’aspect « militant » de cet ouvrage.

Ceci dit, même si le treillis militaire déteint un peu trop sur la littérature, on ne regrette pas la présence d’une petite histoire d’amour qui ajoute un brin d ‘humour et de tonus au manga. Kiiro Yumi a éprouvé du plaisir en élaborant Library Wars, et ça se ressent ! Mais difficile à dire si ces points positifs l’emportent sur le négatif … Peut-être plaçons-nous la barre trop haut en établissant une comparaison avec Bradbury ?

Participation au challenge «Découverte des mangas» .

Nombreux sont ceux pour qui la simple prononciation du mot «mathématiques», ou bien la vue d’un chiffre ou d’une racine carrée, provoque un urticaire phénoménal accompagné d’une profonde nausée. D’ailleurs, peut-être vous sentez vous concerné ? Sinon, un de vos proches souffre sûrement de cette terrible maladie ? Et bien, j’ai justement le plaisir de vous annoncer qu’un remède a été mis au point ! Venez donc voir cela de plus près …

Une aide-ménagère est embauchée chez un ancien mathématicien, un homme d’une soixantaine d’années dont la carrière a été brutalement interrompue par un accident de voiture, catastrophe qui a réduit l’autonomie de sa mémoire à quatre-vingts minutes. Chaque matin en arrivant chez lui, la jeune femme doit de nouveau se présenter – le professeur oublie son existence d’un jour à l’autre – mais c’est avec beaucoup de patience, de gentillesse et d’attention qu’elle gagne sa confiance et, à sa demande, lui présente son fils âgé de dix ans. Commence alors entre eux une magnifique relation. Le petit garçon et sa mère vont non seulement partager avec le vieil amnésique sa passion pour le base-ball, mais aussi et surtout appréhender la magie des chiffres, comprendre le véritable enjeu des mathématiques et découvrir la formule préférée du professeur…

Dès les premières pages, la finesse et la sensibilité de la plume de Yoko Ogawa ne peuvent que toucher le lecteur en plein coeur … Bien que les mots et les sentiments soient des plus simples, on a l’impression de parcourir un labyrinthe d’émotions. La disposition de chaque lettre semble influer sur l’harmonie poétique de ce doux roman.

Ainsi, avis aux personnes les plus réticents face à la discipline des chiffres : ne craignez pas une rédaction hyper raisonnée (même si quelques passages s’avèrent compliqués), lire La formule préférée du professeur c’est marcher sur un nuage. Les mathématiques entrent dans le domaine de la magie, l’amnésie du vieil homme est abordée sans apitoiement, et la modeste vie de l’aide-ménagère et son fils devient alors empreinte d’une certaine joie.

Yoko Ogawa a certainement mis au point une thérapie contre la phobie des chiffres qui se révèle efficace et durable, car difficile d’oublier de sitôt la subtile ambiance de ce roman… À moins de posséder une mémoire réduite à quatre-vingts minutes, comme notre cher professeur !